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Les guérisseurs face à la science
Comment peut-on expliquer le pouvoir des guérisseurs ? Arnaque ou talents surnaturels et mystérieux ? La Suisse romande compte près de trois cents guérisseurs et ils croulent sous les demandes. Verrues, sciatiques, arthrose, grâce à leur don, ils seraient capables de soigner de nombreux maux et maladies. Pour la première fois, patients, guérisseurs, médecins et scientifiques ont accepté de décortiquer cinq cas de guérisons miraculeuses. Enquête sur le superpouvoir des guérisseurs romands.

25.03.2021 Disponible jusqu’au 24.04.2021 Lien

Emission fouillée et très intéressante.

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Mais que penser comme catholique, comme chrétien, comme personne réaliste ?

  • “les guérisseurs” ont un effectivement pouvoir sur le mal. Ils ne le guérissent pas, ils déplacent le problème. Ceux qui ont recours au secret auront toujours d’autres maux, ailleurs, qui deviendra au court du temps comme une dépendance.
  • le secret est efficace, cela marche ! mais avec une pseudo guérisseur qui dit avoir un don, mais qui est en fait entrée en relation avec un ange déchu. La prière ne fait rien, sauf si le guérisseur demande ce pouvoir néfaste. Ce dernier est dissimulé derrière une apparence de foi catholique. Or tout ce qui brille n’est pas de l’or.
  • pourquoi grader un secret ? le bien est transparent. Un miracle peut être reconnu, car Dieu en est l’auteur par l’intermédiaire d’un saint, un ami du ciel.
  • un rebouteux ne voudra peut-être pas d’argent. Pourtant, il recevra 50.- par une trop grande bonté de son client. S’il reçoit 50 personnes, il engrangera 2500.- par jour. Faites le calcul pour un mois, une année …
  • l’Eglise encourage la médecine rationnelle et scientifique et le recours à la prière envers les saints. L’humanité crée et la grâce sont deux réalités distinctes mais unifiées en la personne. La grâce suppose la nature et la mène à sa perfection.
  • pour se débarrasser de cette intoxication et des liens avec ce monde des ténèbres, caché, la confession, l’eau bénite et la prière à Saint Michel Archange sont recommandées. Un prêtre peut aussi faire des prières de délivrance.
Pere Joseph-Marie Verlinde, superieur du monastere St Joseph de Montrouge.

Un article de Famille Chrétienne nous éclaire:

Longue silhouette brune, visage décharné et regard bleu délavé des voyageurs au long cours, il impose une présence fragile de fils prodigue. Joseph-Marie Verlinde, 54 ans, ex-disciple du gourou Maharishi Mahesh Yogi, prototype de la jeunesse hippie des années soixante-dix partie chercher dans les paradis artificiels de l’Inde une voie du salut, est devenu prêtre et moine de l’Église catholique.

Quatre ans de bourlingue à travers la planète et dans les ashrams de l’Himalaya pour parfaire son éducation à la tradition védique, puis autant en Europe, pris dans la nasse ésotérique, en quête d’un sens à l’existence, d’une étoile à laquelle raccrocher sa vie, avant de pouvoir dire : « Seul le Christ donne la paix ». Des années de pratiques éreintantes de méditation transcendantale ou d’exercices de yoga pour rejoindre un grand « Soi » indéfini, mais qui retombent en pluie de cendres…

Ce passé, entre hauts plateaux tibétains et descente dans les mondes parallèles, le Père Verlinde croyait l’avoir définitivement évacué. En 1983, il a été ordonné prêtre, puis a fondé, en 1991, près de Lyon, une petite communauté d’inspiration bénédictine, qui compte aujourd’hui une vingtaine de moines et moniales. « Un lieu de retraites et d’accueil », dans la spiritualité de la Sainte Famille.

Mais il y a quelques années, son Père spirituel lui demande d’écrire le récit de son parcours…

C’est L’Expérience interdite, de l’ashram au monastère. Un livre qui plonge dans les profondeurs du bouddhisme et de l’hindouisme ; et qui appelait une suite pour mieux comprendre la fascination qu’exercent les traditions orientales sur l’Occident.

Dans ses deux derniers ouvrages (1), il tente donc de lever le voile sur ce qu’il est convenu d’appeler l’ésotérisme. Une analyse minutieuse des différentes écoles et courants de l’ésotérisme qui fleurissent depuis le XIXe siècle (théosophie, anthroposophie, arcane, Rose-Croix, sans oublier les diverses obédiences maçonniques) et dont sont issus les maîtres à penser du Nouvel Âge.

Pourriez-vous donner une définition de l’ésotérisme ?

l’ésotérisme se présente avant tout comme une recherche de sens. Refusant toute association avec un mouvement religieux, il prétend rejoindre une hypothétique « sagesse primordiale », qui serait conservée par une lignée de « Maîtres » et communiquée de génération en génération à ceux qui en sont jugés dignes.

Cette sagesse se présente comme un émanationisme. À la différence de la tradition judéo-chrétienne, elle nie la différence ontologique entre un Dieu créateur et une nature créée.

Selon elle, seul le divin existe ; nous sommes tous des modalités d’un unique existant, étincelles d’un unique brasier, qui prenons progressivement conscience de notre nature divine au long d’un pèlerinage à travers les différents états de la matière. Les « initiations » successives sont censées donner accès à des niveaux plus subtils de notre propre nature, inaccessibles à notre mode habituel de perception.

Pour l’ésotérisme, l’homme ne se « reçoit » de personne puisqu’il est divin par nature ; et il n’a nul besoin d’être « sauvé » : chacun est son propre Maître et sauveur. Nous sommes loin de la logique de la donation qui caractérise le langage de l’Amour créateur et rédempteur, propre au christianisme.

Des chrétiens peuvent-ils « tomber dans le panneau » ?

C’est ce qui m’est arrivé, ainsi qu’à beaucoup d’autres. Normalement, le fossé est tel entre la théorie ésotérique et le christianisme qu’il ne devrait pas y avoir de confusion. Mais l’ésotérisme occidental, tout en s’inspirant des philosophies religieuses d’Orient, n’hésite pas à utiliser le vocabulaire de la tradition chrétienne.

Ainsi parlera-t-on du Verbe Lumière, du royaume des cieux, de l’illumination christique, et même du Père, du Fils et de l’Esprit, désignant sous ces termes des divinités qui gouvernent l’évolution de notre système planétaire sous la direction d’émanations supérieures.

Quels critères de discernement donneriez-vous ?

Il faut se demander si ces interprétations des Évangiles sont compatibles avec l’ensemble de la Révélation. Confesse-t-on un Dieu créateur, ou une divinité immanente ? Reconnaît-on, en Jésus, le Fils unique de Dieu venu dans notre chair, ou un homme comme les autres, tout au plus un grand initié – voire un avatar ? Sommes-nous sauvés par le sang de l’Agneau, ou la vie de Jésus est-elle sans incidence directe sur notre destinée ?

N’y a-t-il pas également une symbolique chrétienne à retrouver pour éviter qu’elle ne soit récupérée par les courants ésotériques ?

Lorsqu’il s’agit de parler de l’indicible, le langage symbolique est incontournable. Les Pères de l’Église l’avaient bien compris, et savaient utiliser ce langage pour suggérer les mystères de la foi et de l’action divine dans les sacrements.

« Le symbole donne à penser », disait Paul Ricœur. Si la symbolique chrétienne ne dit plus rien, nous aurons du mal à approfondir les mystères. D’où l’urgence de redécouvrir la richesse des catéchèses mystagogiques des Pères, afin d’éviter que les chrétiens soient séduits par les interprétations ésotériques de leurs propres symboles.

Mais le risque de « contamination » ne vient-il pas d’un ésotérisme plus diffus ?

En quelques années, les principes de l’ésotérisme sont effectivement parvenus à imprégner la mentalité postmoderne au point de supplanter ceux qui étaient issus du christianisme.

Pensons à l’impact de la doctrine de la réincarnation ; à l’engouement pour la théorie des cycles cosmiques ; à la fascination pour les corps subtils, les chakras et l’occulte en général. Mais aussi au relativisme conduisant au syncrétisme, sous prétexte que toutes les doctrines émanent d’une unique sagesse ; au subjectivisme moral, soutenant qu’il n’y a pas de « bien » ni de « mal », mais des évaluations subjectives qui dépendent du degré d’évolution personnelle de chacun.

Il faudrait préciser l’influence respective des différents mouvements qui contribuent à l’imprégnation de notre culture par la pensée ésotérique. Les groupes néo-orientaux, par exemple, savent présenter les doctrines hindouistes sous un aspect attrayant pour l’Occidental : il s’agit de « neutraliser le stress », d’« augmenter le QI », d’accroître ses potentialités humaines.

De quand date le renouveau de l’ésotérisme occidental ?

En gros, de la seconde moitié du XIXe siècle, notamment sous l’impulsion d’Helena Blavatsky et d’Annie Besant.

La première élabore la Doctrine secrète, fondement de l’ésotérisme théosophique et ouvrage de référence de pratiquement tous les courants ésotériques ultérieurs.

La seconde tente un travail d’assimilation du christianisme, qui aboutit à christianisme ésotérique, également une référence durable dans le genre du syncrétisme.

Dans la mouvance du romantisme, cet ésotérisme tente une synthèse entre l’humanisme de la Renaissance et le rationalisme des Lumières. Il récuse la démarche de foi au nom de la raison souveraine et autonome, mais invite celle-ci à exercer son art sur des intuitions plus « subtiles » que celles qui nous sont fournies par nos sens ordinaires.

Le sentiment de la nature, si cher au romantisme, n’est pas sans rappeler la magia de la Renaissance : vision d’un monde vivant, traversé par des forces obscures qui unissent les choses en un Grand Tout.

En même temps, les références aux philosophies religieuses d’Orient – principalement l’hindouisme – ne parviennent pas à masquer l’influence prépondérante du système hégélien, couronnement du rationalisme, lui-même pétri d’ésotérisme.

Hegel allait jusqu’à décerner le titre de « premier philosophe allemand » à Jacob Boehme (1575-1624), grande figure de l’ésotérisme, qui influença par ailleurs Spinoza, Goethe et autres Berdiaev.

L’ésotérisme semble, aujourd’hui, avoir pignon sur rue. N’est-ce pas contradictoire ?

On assiste effectivement à une certaine publicité autour des doctrines ésotériques, qui apparaissent même de plus en plus exotériques : il suffit de pianoter sur l’Internet pour avoir toutes les informations que l’on souhaite, les adresses de loges maçonniques ou de mouvements rosicruciens. Les ésotériciens ne craignent plus d’apparaître au grand jour dans leur rôle d’éminences grises du Nouvel Âge.

Cela dit, les écoles ésotériques se tiennent quand même en retrait de certains courants Nouveau Âge qui s’en inspirent – je pense à la panoplie allant des mouvements néo-orientaux aux différentes formes de spiritisme, en passant par l’occultisme, le chamanisme, ou encore l’astrologie, la chiromancie, voire une certaine écologie prenant la défense de la déesse Gaïa, nom propre de la planète Terre. Mais les connexions sont évidentes.

Peut-on associer la franc-maçonnerie à cette nébuleuse ésotérique ?

Il faut distinguer deux franc-maçonneries : l’une qui se présente comme un vaste « réseau de pouvoir » ; et une autre dite « symbolique », qui demeure proche du mouvement rosicrucien dont elle est issue.

On peut légitimement s’inquiéter du rôle important que joue la première dans le monde économique et politique, principalement en raison du caractère occulte des connexions qu’elle entretient.

Quant à la seconde, loin de n’avoir qu’un rôle figuratif, elle demeure la « tête pensante » : c’est cette franc-maçonnerie symbolique qui conceptualise, théorise ; c’est elle aussi qui est gardienne des grands principes de l’ésotérisme et de la tradition initiatique.

Une idée reçue veut que le christianisme soit compatible avec une certaine tradition maçonnique. Qu’en pensez-vous ?

Le magistère de l’Église s’est penché à plusieurs reprises sur la question d’une éventuelle compatibilité des doctrines maçonniques avec le christianisme, et sa réponse fut toujours négative. J’aborde l’historique et l’analyse de ces déclarations dans mes trois derniers ouvrages (1).

Le peu que nous avons pu dire sur la pensée ésotérique – l’horizon sur lequel se déploie l’idéologie maçonnique – suffit pour pressentir les raisons de son incompatibilité avec le message de l’Évangile. Que ce soit la conception du divin, du monde ou de l’homme, partout nous trouvons des points de doctrine inconciliables. Si bien que l’appellation de « franc-maçon chrétien » apparaît comme un mariage impossible.

Les chrétiens ne soutiennent-ils pas également que certaines choses demeurent cachées et qu’elles ne nous seront révélées que dans l’au-delà ?

Il faut distinguer ce qui est caché, parce que inaccessible aux sens ordinaires, et ce qui est de l’ordre du mystère.

Le « mystère de Dieu » dont parle saint Paul, et que le Christ est venu nous révéler, réside dans l’appel universel au salut. Il ne s’agit en aucune façon d’une connaissance secrète salvifique, d’une gnose, mais d’une action divine qui se déploie tout au long de l’histoire et dont nous ne verrons la pleine réalisation qu’à la fin des temps.

Le salut proposé par le Christ n’est pas relatif à une connaissance des énergies occultes de la création, mais à la vie divine offerte gratuitement dans l’Esprit. Les chrétiens ne sont pas appelés à devenir les magiciens de ce monde, mais les prêtres du royaume à venir.

Comment expliquer l’engouement contemporain pour la pensée ésotérique ?

Précisons tout d’abord que la pensée ésotérique a toujours existé. L’ésotérisme est l’une des réponses élaborées par l’homme en quête de sens. Il ressurgit toujours avec force dans les périodes de crise des institutions.

De plus, la démarche très individualiste que propose l’ésotérisme correspond bien à l’état d’esprit de l’homme contemporain. Chacun se fait son « kit religieux », part à la découverte d’autres traditions et d’autres horizons spirituels ; la surévaluation de l’expérience, la primauté du « senti », du « vécu », sur la réflexion, orientent la recherche vers les propositions initiatiques ; enfin, l’attrait des pouvoirs occultes, quoique inavouable, est cependant indéniable.

L’engouement contemporain pour l’ésotérisme n’est pas non plus sans rapport avec la déchristianisation de l’Occident.

Quelle différence y a-t-il entre les niveaux « subtils » recherchés dans l’ésotérisme, et la grâce surnaturelle ?

Les domaines métasensibles recherchés par l’ésotérisme et auxquels l’initiation donne accès ne transcendent jamais le niveau « physique » : ce ne sont toujours que des niveaux plus subtils de la matière énergie cosmique.

Comme le terme l’indique, la grâce surnaturelle, elle, est d’un autre ordre : elle transcende radicalement les possibilités de la nature, et en ce sens ne peut jamais être conquise, mais seulement reçue. Il s’agit du don gratuit d’une existence nouvelle, offerte par Dieu à sa créature rationnelle, afin de l’élever jusqu’à lui.

D’où la défiance du christianisme envers la recherche d’« états de conscience modifiés », et les techniques qui les induisent. Le croyant confesse que la grâce, c’est-à-dire la communion d’amour avec Dieu dans l’Esprit, n’est devenue possible que par l’Incarnation du Verbe de Dieu.

Ésotérisme : le sens des mots

Ésotérisme Doctrine selon laquelle il existerait une connaissance cachée du monde, qui ne pourrait être communiquée qu’à un petit nombre.

Exotérisme Avatar de l’ésotérisme, qui lève la condition d’initiation et d’élitisme pour promouvoir au contraire une vulgarisation de la doctrine.

Gnose Connaissance salvifique réservée à une élite jugée digne d’être initiée aux arcanes de la Tradition primordiale. Elle ouvre à l’intuition des énergies subtiles – considérées divines – qui constituent la trame cachée des phénomènes.

Occultisme Science des choses cachées visant à la maîtrise des influences invisibles en vue de leur utilisation.

Syncrétisme Amalgame de plusieurs religions ou plusieurs croyances réduites à leur plus petit commun dénominateur, afin de les synthétiser en une croyance ou religion prétendument supérieure.

Corps subtils Corps occultes qui entoureraient notre corps physique et présideraient aux fonctions organiques et psychiques. L’ésotérisme distingue quatre corps inférieurs (physique, éthérique, astral, et mental), et trois corps supérieurs (causal, bouddhique, et divin).

Chakras Centres d’énergie prétendument situés dans le corps éthérique, et responsables de la coordination et de la vitalisation des corps subtils. Il y aurait sept chakras principaux et quarante-deux chakras secondaires. Leur mise en fonction induit des états médiumniques qui ouvrent sur les pouvoirs occultes.

Chamanisme Doctrine qui associe culte de la nature et invocation des esprits.

Méditation transcendantale Technique de méditation hindoue, importée en Occident par Maharishi Mahesh Yogi. Sans être à proprement parler une technique « ésotérique » – quoique ayant recourt à l’initiation -, elle est un excellent véhicule pour diffuser la doctrine immanentiste que l’on retrouve dans l’ésotérisme.

Rose-Croix Nom donné depuis le XVIIe siècle à certaines sociétés ésotériques, plus ou moins mystiques, se réclamant du symbolisme traditionnel de la rose et de la croix.

Société théosophique École fondée en 1874 par la médium russe Helena Blavatsky. Elle développe une doctrine ésotérico-occultiste mêlant, dans un très large syncrétisme, traditions bouddhistes et hindouistes, spiritisme, occultisme…

Arcane École fondée en 1923 par Alice Bailey. Tout son effort se concentre sur la préparation du retour imminent du Christ.

Anthroposophie École fondée par Rudolph Steiner (mort en 1925). Elle élabore une anthropologie fondée sur une interprétation ésotérique des Évangiles inspirée de la Rose-Croix.

(1) L’Expérience interdite. De l’ashram au monastère, Saint-Paul, 1998, 288 p.
(2) Quand le voile se déchire 1 :€“ Le Défi de l’ésotérisme au christianisme, Saint-Paul, 2000, 324 p. ; t. 2 :“ La Déité sans nom et sans visage, Saint-Paul, 2001, 272 p.

A paraître :
– T. 3 : La Confrontation des « christs de l’ésotérisme » et du « Christ de la Foi ».

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