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« A terme il faudra trouver le moyen de réduire les structures à ce qui est vraiment nécessaire, pour que davantage de temps soit consacré à la mission, dans laquelle nous trouvons notre joie ! »

Les médias et le communiqué de l’évêché avaient évoqué la réduction de moitié du nombre de prêtres. Cela avait provoqué colère, incompréhensions et récriminations légitimes, surtout en pleine pandémie. Cette dernière nous a invité à un investissement plus conséquent. accompli avec joie et dévouement.

Or, il s’agit plutôt de “réduire les structures“.

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Diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg

Feuille diocésaine

no 100 Janvier 2021 (source)
Le mot l’évêque
 
Le changement d’année ne suscite pas en moi d’émotion, au moins depuis la fin de mon adolescence. Par contre l’évolution du temps, de la société et de l’Église me touche beaucoup. Ce que disait Vatican II il y a 55 ans n’a cessé de prendre du relief : « Le genre humain vit aujourd’hui un âge nouveau de son histoire, caractérisé par des changements profonds et rapides qui s’étendent peu à peu à l’ensemble du globe. Provoqués par l’homme, par son intelligence et son activité créatrice, ils rejaillissent sur l’homme lui-même, sur ses jugements, sur ses désirs, individuels et collectifs, sur ses manières de penser et d’agir, tant à l’égard des choses qu’à l’égard de ses semblables. À tel point que l’on peut déjà parler d’une véritable métamorphose sociale et culturelle dont les effets se répercutent jusque sur la vie religieuse ».
(Constitution sur l’Église dans le monde de ce temps, Gaudium et spes, § 4.2).Le temps s’était déjà accéléré depuis le 19ème siècle, et le mouvement s’est amplifié.

L’accélération que remarquait Vatican II a augmenté très sensiblement. Pour ce qui nous concerne, il me semble que la pandémie nous met maintenant dans une situation que je pensais voir venir dans 10 ou 20 ans : elle occasionne à la fois des découvertes ou redécouvertes religieuses et un relatif éloignement (plus ou moins relatif mais aussi accéléré).Je ne pense pas être le seul à trouver que nous sommes parfois pris dans un carcan trop lourd, bien que nous ne l’identifiions pas tous de la même manière… Cela a produit en moi une impatience qui fait bouger le couvercle de la marmite, parfois maladroitement (ce dont je suis désolé), et beaucoup d’entre vous voyez depuis quelques mois les mouvements du couvercle. Cela sera largement communiqué dans les mois qui viennent. En fait ce que je pressentais fin 2014, au terme de mes « Orientations et pistes pastorales » ne me semble plus devoir être renvoyé aux calendes grecques : « A terme il faudra trouver le moyen de réduire les structures à ce qui est vraiment nécessaire, pour que davantage de temps soit consacré à la mission, dans laquelle nous trouvons notre joie ! »

(Désolé de me citer, je déteste ça, mais dans le fond si je ne le fais pas, personne ne le fera) La lenteur vient en partie de la nécessité de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain : les « structures » ont cela de bon qu’elles nous permettent de nous rencontrer pour un discernement commun, et pour la joie d’être ensemble. Il reste que la lenteur ne peut masquer indéfiniment une urgence.Il y a au terme de ces « pistes pastorales » ce qui en donne l’orientation : la joie. Cette joie ne vient pas de nous, mais de la présence du Seigneur. En observant ce qui amène des personnes à découvrir l’Église, je vois un élément fondamental et constant : la joie de la présence du Seigneur. Nous parlons de lui, mais en sa présence. Sans cette perception, il serait normal de partir. Le tournant de l’année est bien centré sur la présence du Seigneur : l’octave qui étend la fête de la Nativité jusqu’à la fête de la Mère de Dieu (montrant la plus grande « collaboration » humaine au mystère de cette Présence).En fait de cadeau de passage, nous pouvons dire avec Pierre : « Ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche ! » (Actes des Apôtres, 3,6). C’est donc mon vœu pour vous. + Charles Morerod op

Premiers propos de Mgr Morerod:

Communication à nos agents pastoraux

Après la parution d’un article précis dans la Neue Zürcher Zeitung1 du 13.12.2020, où la journaliste distinguait bien mes propres propos de ce qui lui venait d’autres sources (que je n’ai pas à connaître), je vois que la suite2 a mêlé l’ensemble de ces sources comme si tout venait de moi. Les réactions très variées reçues hier m’amènent donc à certaines précisions, à commencer par le fait que le but n’est pas de chasser la moitié des prêtres, mais d’adapter progressivement leur nombre à la réalité pastorale.

Le point de départ des réflexions publiées récemment, et qui ne sont pas du tout nouvelles (elles ont été l’objet de discussions au conseil épiscopal dès mon arrivée il y a 9 ans) est l’impact sur la vie des communautés chrétiennes, donc aussi des prêtres, de la permanence d’une couverture territoriale qui s’est fortement développée durant la première moitié du 20e siècle (on y a construit de nombreuses églises et fondé de nombreuses paroisses). Actuellement cela amène déjà beaucoup de croyants, notamment les jeunes mais pas seulement, à se rendre surtout, voire seulement, dans des lieux plus centraux, afin de sentir le soutien d’une communauté vivante ; je constate cette situation déjà existante, et qui rejoint la situation de l’Église antique où on se rassemblait des villes et des villages alentour pour l’eucharistie. A ce mouvement spontané de rassemblement de laïcs « libres » correspond le devoir de prêtres disant l’usure que représentent pour eux des célébrations devant des petits groupes de personnes qui ne leur répondent pas.

Un évêque français m’avait dit, commentant sa propre expérience des années 1960-70, que la plupart des prêtres qui avaient quitté le ministère avaient été épuisés par le contraste entre l’enthousiasme du don de leur vie et une indifférence de plus en plus évidente. Certes, je sais aussi par expérience personnelle que la célébration de l’eucharistie, même avec une communauté réduite à sa plus simple expression, remplit une journée grâce à la présence du Christ. Et je sais encore que la foi de quelques personnes silencieuses au fond d’une église est un trésor caché, et qu’il ne faut pas abandonner ces personnes comme si leur fidélité était un problème.

Il y a un paradoxe du moment présent. Comme peu de monde peut se rassembler, j’invite à multiplier les célébrations, et je remercie ceux qui le font de ce témoignage de foi et de souci pastoral. En même temps cette situation nous permet d’observer ce à quoi pourrait ressembler l’avenir, gardant toujours à l’esprit que le Saint Esprit n’est pas prisonnier de courbes statistiques.

Il existe depuis quelques années dans notre diocèse (comme dans d’autres pays) une « cellule » d’accueil pour les prêtres (et agents pastoraux laïcs, mais le cas est plus rare) « venus d’ailleurs ». Le but est de donner une introduction à des spécificités locales. Je rencontre cette cellule une fois par année et y dis chaque fois, entre autres : étant donné que votre expérience antérieure est souvent différente, soyez conscients que la mentalité suisse est très égalitaire (regarder les laïcs comme un troupeau obéissant suscite des allergies) et que les relations avec les Églises réformées y sont cordiales. Cette cellule (le terme n’a pas un sens carcéral) a pour but d’aider ces prêtres venus en mission, aussi en corrigeant nos propres erreurs dans leur accueil.

Plus de 60% des catholiques du diocèse sont de proche origine étrangère, et je les remercie fréquemment de leur présence. Ils sont souvent heureux de pouvoir rencontrer des prêtres de leur pays d’origine, et pas seulement dans les « missions linguistiques » ; certains relèvent aussi le bienfait pour eux de découvrir ici un respect inattendu pour leur vie de laïcs. Des Suisses sont évidemment aussi souvent heureux de la joie de prêtres étrangers, et je partage cette joie.

Il reste que des questions doivent être posées : la manière dont on « couvrait le territoire » il y a 60 ans doit-elle être, littéralement, fixée dans la pierre, que ce soit pour y célébrer la messe ou d’autres liturgies ? Des églises qui se trouvent à quelques minutes à pied les unes des autres (en ville…) aboutissent à une dispersion de petites communautés, et les célébrations qui s’y déroulent, notamment le dimanche, ne manifestent plus le rassemblement de la communauté autour de ce centre qu’est la présence du Christ dans l’eucharistie. Quel service rendons-nous aux Églises dont nous recevons les prêtres (le Vatican nous met constamment en garde) ? Comment stimulons-nous les vocations en Suisse (prière des communautés, éveil des candidats) si nous suggérons que de toute manière il suffit d’en importer ?

Je vous fais la confidence d’un rapport de ces réflexions avec les circonstances de ma propre vocation, laquelle me dérangeait parce qu’en fait je n’avais pas du tout envie d’y répondre, ce que je n’ai d’ailleurs jamais regretté d’avoir fait. A la fin de mon adolescence, je me demandais qui assurerait l’avenir de l’Église ici et maintenant. Comment aurais-je réfléchi si j’avais eu l’impression que ce don pas évident de ma vie n’était pas utile, puisqu’il y avait ailleurs des réserves suffisantes de prêtres ?

+ Charles Morerod op

1 https://nzzas.nzz.ch/schweiz/bischof-will-priester-loswerden-ld.1591824

2 Cf. https://www.kath.ch/medienspiegel/bischof-will-priester-loswerden/ et https://www.cath.ch/newsf/charles-morerod-veut-reduire-de-moitie-leffectif-de-son-diocese/

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