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Pour la Revue Vocations (janvier-mars 2020)

Sainte Marguerite Bays, une sainte « typique suisse ». 

Des petits dictons caricaturent un peu le parler plutôt lent en pays helvétique : « y a pas le feu au lac » soit rien est urgent ou « il est urgent d’attendre » ou encore « les suisses se lèvent tôt mais se réveillent tard » … La France aime rire, avec raison, du caractère plutôt lent des suisses. Cependant, la Suisse est un petit pays mais très stable. 

Sainte Marguerite Bays, canonisée par le Pape François le 13 octobre dernier, est dès lors typiquement suisse. La nouvelle sainte a tissé petitement, patiemment, régulièrement, longuement et sûrement la toile de la sainteté en vivant dans son petit village proche de Siviriez dans la région de Glâne du canton de Fribourg. Sa vie se déroule simplement, quotidiennement et humblement à la campagne, sans éclat, sans événement extraordinaire. 

Née le 8 septembre 1815, dans une famille campagne fribourgeoise marquée par la pauvreté, Marguerite dite « Goton » vit simplement de son métier de couturière à la Pierraz. Tertiaire franciscaine, elle portera une grande attention aux pauvres, aux enfants, aux malades, aux mourants ainsi qu’à toutes les personnes dites en situation « irrégulière » par rapport à la société et à l’Eglise. Son milieu familiale et social n’ont rien de flamboyant : disputes, querelles, divorces, alcoolisme, abus, infidélités, enfants dits illégitimes ou familles déchirées … Marguerite ne juge pas, elle conseille, aide et soutien et surtout elle prie. Au beau milieu de sa vie quotidienne, Marguerite supportera aussi le mépris et les humiliations infligés par sa belle-sœur. 

Elle ne laisse aucun écrit mais beaucoup de personnes viennent solliciter ses conseils. Au milieu de tout cela, elle se confie à la Vierge Marie, notamment à la chapelle toute proche de Notre-Dame du Bois ou au grand sanctuaire d’Einsiedeln, lieu marial par excellence situé à 200 km. Ce pèlerinage lui prendra des jours de marche. 

Un monastère de cistercienne est proche du village. Marguerite s’y rendra régulièrement. Et pour cause … Mère Lutgarde Menétrey y sera moniale et deviendra la Mère Abbesse de l’Abbaye de la Fille-Dieu. Toutes les deux proviennent de la paroisse de Siviriez. A la naissance de la future religieuse, Marguerite, âgée de 30 ans, amie de la famille, est choisie comme marraine. Entre la marraine et la filleule va naître une belle amitié spirituelle. L’abbé Martial Python, actuel curé de la paroisse de Romont, est un grand connaisseur de Marguerite. Pour lui, Mère Lutgarde pourrait tout aussi bien être un jour reconnue également comme sainte. 

Enfin, durant 19 ans, elle vivra la passion de Jésus au point d’être stigmatisée, marquée par les plaies du Christ crucifiée. 

Marguerite soutiendra également la création d’un journal catholique cantonal « La Liberté ». Pour le chanoine Schorderet, la presse est un apostolat et l’imprimerie une chaire ; la communication doit être un moyen de chercher le Christ. En bisbille avec son évêque, ce communicateur viendra trouver un soutien et un réconfort auprès de Marguerite : « ne craignez rien, allez de l’avant, cette œuvre de Saint Paul fera un grand bien chez nous et sera particulièrement bénie de Dieu ». Une congrégation religieuse, les sœurs de Saint Paul, naîtra pour s’occuper de cet apostolat. A l’heure de la révolution numérique et de l’apparition des réseaux sociaux, ce conseil reste précieux. Ne vaut-il pas mieux diffuser au lieu d’interdire ?

Après la béatification de 1995, Dieu a accompli un miracle par son intercession. Il remonte à 1998. Virginie, 2 ans, sa sœur 6 ans et son grand-papa Norbert sont au travail avec un tracteur, affairés à retirer des piquets qui marquent la route en cas de neige. Comme cela est courant, l’aînée des petites-filles est au volant et Virginie est assise sur un petit siège du véhicule. 

Soudainement, Virginie chute et passe sous la grosse roue arrière droite, sous les yeux effarés de son grand-papa. Ces quelques secondes sont un souvenir extrêmement douloureux pour Norbert. Mais la petite est toujours vivante, gémissant et sanglotant. Elle est indemne. « Merci Marguerite ! » sont les premières qui jaillissent du cœur de Norbert, un homme de foi vive et profondément attaché à Marguerite. Un séjour à l’hôpital s’en suit, les médecins n’en reviennent pas. Dans ce pays agricole, jamais un enfant n’a survécu à un pareil drame. 

Une sainte n’a plus besoin de nos prières. Elle est chez Dieu et veille sur nous. La maison de Marguerite et sa chambre restent un lieu de pèlerinage. Tout est encore conforme d’époque, avec son lit où elle rendit son âme à Dieu le 27 juin 1879, jour de l’octave du Sacé-Cœur, à 15h00, horloge suisse en main. 

Pour allez plus loin : 

www.marguerite-bays.ch

Robert Loup, Marguerite Bays, éditions Saint-Paul, 1980.

Père Claude Morel, Mieux connaître Marguerite Bays, éditions Saint-Paul, 2005. 

Martial Python, la vie mystique de Marguerite Bays, stigmatisée suisse, Parole et Silence, 2011.

Martial Python, Marguerite Bays et Mère Lutgarde Menétrey, marraine et filleule, Cabédita, 2018. 

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