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Explosif et riche d’enseignements

Je suis à la moitié de la lecture du volumineux rapport de 460 pages publié par le Saint-Siège. Bien des journalistes ont fait leur travail pour le résumer et en rendre compte. Je n’y reviens pas. Sauf pour dire que le premier jugement de Saint Jean-Paul II fut de ne pas le nommer. Son avis changea lorsque McCarrick écrit une lettre de trois pages à Dziwisz (secrétaire) pour se défendre vertement.

Ce rapport en anglais est publique et doit être étudié pour ne plus jamais laisser la corruption gangréner l’Eglise, car ce sont des personnes, des victimes qui souffrent. Ces pages sont une mine, car elles sont explosives mais riches d’enseignements sur la psychologie humaine.

Je souhaite simplement relever 10 points:

  • Dans le parcours de vie du Cardinal déchu et dans les enquêtes à son égard, le cléricalisme est patent. Les enquêtes qui précèdent une promotion sont le fait du nonce, d’évêques ou de cardinaux. L’ordination ne donne pas toutes les compétences d’intelligence pour diligenter des telles enquêtes. Au tout début, une mère de famille a tenté d’alerter la hiérarchie, mais elle était totalement isolée et s’est contentée d’écrire de façon anonyme. Si seulement ses lettres avaient été signées. Mais on ne refait pas le passé.
  • Cette mère de famille faisait partie de la “famille” d’Oncle Ted (Mc Carrick insistait sur ce surnom) et ses enfants étaient appelés “neveux”. Pourtant Mc Carrick n’avait pas de frère et de soeur, puisqu’il a grandi avec une mère veuve. Aussi la première erreur vient tout au début. Pourquoi ce témoignage d’une mère isolée n’a pas compté ?
  • Mc Carrick était homosexuel et abusait de séminaristes et de prêtres sous son autorité, notamment dans une résidence de villégiature privée. Il lui fut facile, par un abus de pouvoir, de faire taire ses proies. Un prêtre a bien tenté de parler, mais il a été disqualifié psychologiquement. Pourtant un psychiatre a certifié la pertinence de son témoignage. Pourquoi un témoin est-il déclaré fou ? Ce qui est fou est précisément de ne pas voir que le vrai pervers et l’authentique malade est McCarrick lui-même.
  • Avant que Saint Jean-Paul II ne le nomme évêque de Washington en 2000, les rumeurs sur Mc Carrick ont été passées au crible et au peigne fin. Mais les évêques qui ont dû enquêter sur ce candidat au cardinalat n’ont pas bien fait leur travail. Le Cardinal O’Connor a cependant informé Saint Jean-Paul II du risque de scandale encouru si Mc Carrick était promu. Encore une fois, la hiérarchie court le risque de fonctionner en vase clos, en ne prenant pas en compte la compétence des laïcs, des professionnels, dont les femmes, pour discerner les failles de prêtres à promouvoir.
  • Un prêtre abusé a tenté d’alerter un évêque, mais ce dernier lui a demandé d’oublier cet abus. Ainsi, il y a bien un réseau, comme une tumeur dans le tissu sain de l’Eglise, un système opaque dont Frederic Martel a su analyser dans “Sodoma”.
  • Mc Carrick avait une intelligence nettement supérieur à la moyenne. Il a su exactement comment cacher sa personnalité clivée en étant zélé, excellent “fundraiser” en brassant de l’argent pour les oeuvres du Pape (Papal Fondation). Au niveau de l’orthodoxie, rien n’était à signaler. Le critère “reconnaître l’arbre a ses fruits” ne sera jamais valable. Les fruits sont toujours petits et concernent la croissance de la foi parmi les fidèles, et non pas les statistiques et la grandeur des “oeuvres” accomplies.
  • Mc Carrick voyageait énormément. Une liste des pays visités donne le vertige. Le Pape François l’appellerait un évêque d’aéroport. Mc Carrick était fou de travail. Ceci est pourtant un signe de déséquilibre.
  • Les séminaristes devront dans le futur suivre des cours de psychologie et de psychiatrie. Encore une fois, l’ordination sacerdotale ne donne pas les compétences acquises par la science humaine. Un prêtre n’agit “in personna Christi” que dans les sacrements. L’enflure cléricale consiste à en faire en permanence l’instrument de Dieu. Ce qui est dangereux.
  • Enfin Mc Carrick était un véritable menteur. En écrivant personnellement à Mgr Dziwisz, le secrétaire du Saint Pape, pour assurer qu’il n’avait jamais eu de relations sexuelles, il porte la culpabilité totale et entière de cette corruption.

La seconde partie du rapport, à savoir le choix de Saint Jean-Paul de créer Mc Carrick Cardinal provient des cafouillages précédents, des grossières erreurs de jugements et d’un système de promotion malade et endémique.

At last but not the least, tant de nominations d’évêques et de cardinaux furent des excellents choix. Ne perdons pas l’espérance !

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