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Sa messe chaque matin à Sainte-Marthe est suivie au début de la crise par en moyenne 500’000 téléspectateurs italiens à…7 heures du matin !

Photo @ArnaudBédat

Entretien avec Le Pendolino.

Arnaud Bédat est jurassien, journaliste suisse bien connu et entre autre spécialiste et fin connaisseur du Père puis du Cardinal Bergoglio en Argentine.

Arnaud Bédat fut également “embedded” embarqué dans l’avion papal à de nombreuses reprises. Il est l’auteur de deux livres “François l’argentin” (lien) et “François seul contre tous” (lien).

Vous suivez le pontificat depuis 7 ans. Il a commencé le 19 mars. Vous qui êtes si on peut dire un outsider, comment jugez-vous ces sept années?

Il a d’abord apporté un vent très frais, pour ne pas dire de folie, sur toute l’Eglise, en mettant le monde entier dans sa poche en quelques heures Souvenez-vous cette véritable papamania qui est née instantanément autour de lui. Sa manière d’être, son refus de l’apparat, son orientation vers les pauvres, replaçant l’humain au cœur de tout, cela a séduit le plus grand nombre. Tout cela a plu et étonné jusqu’à la couverture de Rolling Stones ! Je dirais que je juge positivement ces sept premières années. Il a fait plus qu’aucun pape avant lui, il a secoué le cocotier, comme on dit, il a pris tous les problèmes à bras le corps, a fait aussi le ménage autour de lui au Vatican.

C’est un homme combatif qui en veut. Mais il a été confronté de plein fouet à une opposition de plus en plus forte, à une multitude de problèmes et scandales, de la polémique du livre du cardinal Sarah au problème du mariage des prêtres, à la pédophilie dans l’Eglise, de l’affaire Barbarin à celle du cardinal Pell… Il est assurément affaibli. Et physiquement fatigué aussi, chacun peut le constater. 

En ces temps de coronavirus, comment percevez-vous sa présence, sa communication ?

Ce qui est certain, c’est que l’homme s’est un peu « désargentiné », peut-être même trop, pour sombrer dans l’hyper-italianité, en écoutant parfois trop son entourage romain, qu’il connaissait mal en arrivant. En ce sens, il a perdu quelques-uns de ses repères de Buenos Aires, où il avait de vieux et fidèles amis, très sûrs, et souvent de très bon conseil. L’incident avec cette touriste asiatique sur la place Saint-Pierre, a constitué un important déficit en terme d’image, même s’il excusé dans la foulée de son emportement bien compréhensible et en recevant ensuite cette jeune femme…

En ces temps troublés de coronavirus, ces petites polémiques passent au second plan. En se rendant par exemple l’autre jour à pied à l’église San Marcello al Corso de Rome où se trouve le crucifix miraculeux qui fut transporté en 1522 en procession pour mettre fin à la « grande peste » de Rome, François a eu un geste fort, très marquant, d’une grande conscience, qui montre aussi sa culture historique. Sa messe chaque matin à Sainte-Marthe est suivie au début de la crise par en moyenne 500’000 téléspectateurs italiens à…7 heures du matin !

Et maintenant déjà beaucoup plus. C’est un pape prophétique, je le répète depuis des années. Dans cette crise, il devrait nous étonner, j’en prends le pari. Et peut-être en ressortira-t-il plus fort encore.

Vous êtes vous aussi un peu prophète. Déjà en 2013, vous aviez annoncé un pape latino américain, vous pronostiquiez à un renoncement possible en 2020. Vous y pensez toujours ?

C’était une probabilité, mais évidemment qui n’est plus à l’ordre du jour en ces temps de confinement, d’anxiété, et de grande tristesse. Son rôle est d’être maintenant là auprès de tous et de tenir la barre par grands vents, pas de provoquer un nouveau Conclave en décidant de partir ! Il m’a été rapporté récemment de deux sources généralement fiables qu’il aurait déjà songé à renoncer à une ou deux reprises déjà, ces derniers mois. Mais je n’ai pas eu l’occasion de lui demander personnellement (rires).

Mais vous êtes pourtant un des derniers à l’avoir rencontré le 26 février dernier à Rome, en compagnie de Bertrand Piccard…

Oui, et j’en suis extrêmement troublé, je dois être en effet le dernier journaliste à lui avoir serré la main et à avoir échangé quelques mots avec lui lors de cette dernière audience publique d’avant l’épidémie meurtrière. Il m’avait fait un ou deux petits signes d’abord depuis l’estrade durant l’audience, c’était inédit, surprenant et bien sûr émouvant. D’autant plus que cette rencontre n’était pas prévue : Bertrand Piccard m’avait fait la surprise de l’accompagner à Rome quelques jours seulement auparavant.

C’est une sensation bizarre, car je ne crois guère au hasard. Je revis intensément ce moment. Je n’ai pas d’explications, je fais juste part d’un sentiment personnel. Mais depuis, ce dernier moment passé avec François m’habite, c’est certain, comme s’il avait une signification. 

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