Sélectionner une page

(je résume, en substance)

François a été abusé à 11 ans par l’aumônier des scouts de Saint Luc. Suite aux agressions sexuelles, François Devaux, selon ses propres paroles, a eu une enfance difficile. Son caractère allergique à l’autorité, difficilement gérable et presque impossible à cadrer seront alors son profil personnel.

Il passe par un moment de sidération lorsqu’il apprend, en 2015, que Preynat continue d’être prêtre au contact des enfants. Le Cardinal Decourtray, archevêque de Lyon à l’époque, n’a pas tenu parole face aux exigences écrites dans une lettre des parents Devaux. Le Père n’avait pas été suspendu.

L’action médiatique extraordinaire de La Parole Libérée lui a permis de constater l’éthique et la déontologie des journalistes. Si l’Eglise avait le 10% de cette crédibilité, de ce professionnalisme, elle n’en serait pas là. Le premier médias qui comprendra les enjeux, grâce à Isabelle de Gaulmyn, sera le journal La Croix. Au bout du compte, même Famille Chrétienne finira par comprendre leurs motivations

Le Père Pierre Vignon a été très courageux, mais cela lui a couté très cher. Il a perdu son service comme juge ecclésiastique.

Déçu du Pape François

L’association a tenté de contacter quinze fois le Pape François, dont 3 lettres reçues en mains propres. Rien a bougé. Tout est dans l’opacité. Même les grands comme Scicluna (enquêteur) a reçu un dossier, tout comme Zollner ou le Père Lombardi. Le Pape François, durant le sommet de la pédophilie, n’a même pas reçu ou rencontré les victimes. Il était à quelques mètres d’eux pourtant.

Le Pape est la personne la plus informée au monde. Il suit les médias et connait le cas Barbarin. Il lui suffit d’aller sur une tablette, comme tout le monde. Il ne faut pas croire qu’il était mal informé. Le Pape porte donc une responsabilité.

L’Eglise a été mauvaise jusqu’au bout. Même en Afrique noire, il a vu des choses pas propres. La façon de faire de l’institution est à vomir. La façon de procéder est perverse. L’Eglise rend les choses complexes. Il y a un monde entre les valeurs prônées et les actions. François a cessé de chercher, de comprendre. C’est creux.

“même dans la mafia, il y a un code éthique” François Devaux

Le clergé français fait de même. Ils font croire que c’est compliqué, alors que c’est simple.

Preynat ne s’est jamais défilé. C’est un pervers sexuel. Mais au moins il a été sincère, il a avoué et toujours informé sa hiérarchie. Je n’ai pas retrouvé cette attitude chez le Cardinal Barbarin, qui a laissé son avocat répondre durant le procès. François ne parle pas de l’Evangile, qu’il admire, mais des hommes. François Devaux porte un grand respect pour les religions.

L’institution catholique est aux antipodes du message, comme chez les pharisiens. C’est extrêmement pourri.

Le livre de Barbarin

Lorsque le primat des Gaules reçoit une victime et lui demande d’aller chercher d’autres victimes, le Cardinal Barbarin avait la lettre des parents Devaux dans son dossier. Il savait que ce cas n’était pas prescrit. La manoeuvre est immorale. Ce mec, ce monsieur n’a aucune valeur, aucun discernement, aucune éthique.

“soit il nous prend pour des cons, soit c’est une moule” à propos du livre du Cardinal “en mon âme est conscience”.

Il n’a toujours pas compris. Il y a une carence psychique dans le cerveau de cet homme. Là il y a une belle carence, avec une dimension schizophrénique. On assiste à un écroulement de l’institution catholique.

—–

Mot de René Pujol (journaliste)

Si, lors de leur Assemblée plénière de ces jours prochains, les évêques de France ont une soirée de libre, je leur conseille de consacrer deux heures de leur temps au visionnage de cette vidéo. Un entretien avec François Devaux, fondateur de la Parole Libérée par Pascal Hubert. Il ne s’agit pas d’une interview au sens journalistique du terme, plutôt d’une conversation à bâtons rompus. Un professionnel de l’information pensera qu’en ramassant le plus fort des propos tenus, on pourrait faire un 26’ plus percutant et d’une grande richesse informative.

Mais je crois au contraire que ce qui fait l’originalité du document est précisément qu’en ne se donnant aucune contrainte de temps on voit se révéler, par touches successives, la personnalité de celui qui a en quelque sorte été pour les médias et l’opinion, le porte-parole des victimes de l’ex abbé Preynat. Et qui du coup sort d’une forme de caricature. Certains pourront également être irrités par la trop grande proximité, la connivence, qui existe entre les deux protagonistes. Il faut accepter d’aller au-delà et des quelques « facilités » que cela leur autorise dans la dénonciation du système clérical. Car le fond du propos est d’une très grande force et, quoi qu’on puisse en penser, d’une grande honnêteté intellectuelle. C’est pourquoi il faut, si l’on s’intéresse à ces questions, prendre le temps d’une écoute attentive. 

Mon propos n’est pas ici – ne peut pas être – de résumer ce que dit François Devaux en deux heures de temps, depuis sa vie de jeune scout, l’agression dont il a été victime, la promesse du cardinal Decourtray faite à ses parents que la question était réglée, sa découverte en 2015 qu’il n’en était rien, sa décision de lancer une affaire vite devenue l’affaire Barbarin… et jusqu’aux raisons qui conduisent aujourd’hui l’association à se dissoudre, estimant que sa mission d’alerte a été remplie. 

Mais il faut entendre le diagnostic, sans concession, porté sur l’institution ecclésiale, jusqu’au plus haut sommet du Vatican, et sur son aveuglement, son incapacité à prendre en compte la réalité, alors même que la commission dont elle a décidé la création, la CIASE, fait, selon François Devaux « un travail exceptionnel qui deviendra une référence mondiale. » Je ne retiendrai ici que deux passages de ce long entretien.

En premier lieu ce reproche fait à l’Eglise, concernant l’affaire Preynat notamment – mais on peut imaginer qu’elle concerne toutes les affaires du même ordre – de faire de l’agresseur-coupable qui n’est jamais qu’un malade, une sorte de bouc émissaire, alors que la vraie responsabilité incombe à l’institution qui a permis, par son mode de fonctionnement, la multiplication des agressions, le silence qui les a entourées et l’impunité des coupables.

La seconde est cette conviction appuyée que ces affaires sont dévastatrices pour l’Eglise, mais que « La réparation de l’Eglise ne sera possible qu’à travers la réparation due aux victimes. » 

error

Vous aimez ce blog, parlez-en !