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J’ai enfin terminé la lecture très pénible et douloureuse, mais nécessaire, du rapport McCarrick. L’article d’Austen Ivereigh est un bon résumé. J’ajoute simplement que McCarrick, qui demandait à être appelé Oncle Ted, abusait de “ses neveux” comme il disait d’eux. Des crimes commis contre “sa famille”, ce qui les rend encore plus odieux.

Yves Hamant, professeur et fin politique, suggère aussi de mettre fin à cette sorte de “monarchie absolue” du fonctionnement du Vatican, qui ne réunit pas les principaux connaisseurs et protagonistes autour d’une table commune, comme un Président le ferait avec ses ministres. En effet les informations ne circule pas horizontalement. Cela fini par une communication en silos, qui finit que chez le Pape. Sans doute qu’une réforme plus synodale sera nécessaire.

Source de l’article: archidiacre

Cet article a été traduit de l’anglais depuis wherepeteris.comL’article original a été écrit (et mis à jour) le 10 novembre 2020, par Austen Ivereigh.


Theodore McCarrick réduit à l'état laïc, le cardinal Farrel promu - Le  Salon Beige

Il y a deux révélations à couper le souffle dans le rapport du Vatican à propos de l’essor de l’ancien cardinal Theodore McCarrick.

La première est que saint Jean-Paul II a personnellement pris la décision de nommer McCarrick archevêque de Washington en novembre 2000, alors qu’il était pleinement conscient de nombreux rapports faisant état de son comportement sexuel prédateur à la tête de deux diocèses précédents, y compris coucher avec des séminaristes et solliciter des relations sexuelles avec des prêtres. La décision est encore plus étonnante étant donné que le pape avait déjà refusé à McCarrick deux autres sièges importants à cause de ces mêmes rapports.

La deuxième survient 12 ans plus tard, après la nomination de l’archevêque Carlo Maria Viganò comme nonce apostolique aux États-Unis.

Lorsqu’un prêtre (décrit dans le rapport comme « Prêtre 3 ») de Metuchen, l’ancien diocèse de McCarrick, a informé le nonce de son procès qu’il portait sur l’inconduite sexuelle de McCarrick, Viganò a naturellement informé le cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation des évêques de Rome. Ouellet lui a dit d’ouvrir une enquête sur l’allégation, en suivant une série de mesures.

Pourtant, « Viganò n’a pas pris ces mesures », indique le rapport, « et ne s’est donc jamais mis en mesure de s’assurer de la crédibilité du Prêtre 3 ».

La différence entre les deux révélations est que le rapport offre une explication convaincante de la première : non pas la justifier, mais fournir un contexte pour comprendre comment cela a pu se produire. La désobéissance et la négligence de Viganò, par contre, sont laissées en suspens, réclamant une explication pour laquelle il ne semble pas y en avoir.

Compte tenu des efforts extravagants de l’ancien nonce pour se faire passer pour un vertueux croisé isolé, cherchant vainement à persuader les autorités d’agir contre McCarrick, la révélation sera un choc majeur pour ceux qui sont convaincus de son intégrité. Pour d’autres, cela ravivera les soupçons selon lesquels le véritable motif de Viganò en attaquant le pape François à propos de McCarrick était de détourner l’attention de sa propre complicité dans la dissimulation.

Le « Rapport sur les connaissances institutionnelles et la prise de décision du Saint-Siège concernant l’ancien cardinal Theodore Edgar McCarrick » a été rédigé par des fonctionnaires anonymes de la Secrétairerie d’État sous les instructions du Pape François provenant de sources primaires, y compris une vaste cache de documents et 90 entretiens avec des témoins des deux côtés de l’Atlantique.

Le résumé ne fournit aucune excuse ni ne tente de justifier les erreurs. Mais il ne porte pas non plus de jugement. Il expose les faits, fournit le contexte et suggère des explications. Dans l’ensemble, il s’agit d’un récit vivifiant et sincère de la façon dont l’ancien archevêque en disgrâce a gravi les échelons épiscopaux sous Jean-Paul II, et comment il a pu continuer à agir librement sous Benoît XVI, même lorsque les histoires de ses penchants sexuels s’avéreraient être bien fondées.

Le rapport laisse les lecteurs tirer leurs propres conclusions sur le processus de prise de décision qui n’a pas réussi à arrêter McCarrick ou à le tenir dûment responsable jusqu’en juin 2018, lorsque l’archidiocèse de New York a annoncé une allégation « crédible et étayée » selon laquelle McCarrick avait abusé d’un mineur. L’enquête qui a suivi a dévoilé son passé de prédateur sexuel, alors que les victimes se sont manifestées avec des récits de harcèlement et d’abus. 

Le scandale qui a suivi – que le  “traditionaliste” Viganò a tenté d’exploiter dans sa campagne pour saper le pape François – a conduit à la destitution de McCarrick du collège des cardinaux et à sa laïcisation. Cela a également conduit à des changements qui rendront beaucoup plus difficile que la même chose se reproduise, y compris de nouvelles procédures rendant obligatoire l’enquête sur les évêques accusés d’abus, et des lois étendant la définition d’abus pour inclure les victimes adultes.

Jean-Paul II et McCarrick

Bien que ce soit le pape Paul VI qui ait fait de McCarrick un auxiliaire de New York en 1977, c’est Jean-Paul II qui l’a nommé évêque de Metuchen en 1981, archevêque de Newark en 1986 et archevêque de Washington en 2000, et qui l’a élevé au rang de cardinal l’année suivante. McCarrick a été « largement loué comme un évêque pastoral, intelligent » et zélé, et aucune information « crédible » sur une quelconque inconduite n’est apparue lors du processus de nomination de Metuchen et Newark, indique le résumé.

Pourtant, dans les années 90, il y avait un certain nombre d’allégations : des lettres anonymes l’accusant de pédophilie avec ses « neveux » et des histoires selon lesquelles il avait partagé un lit avec de jeunes hommes adultes dans la résidence de son évêque et avec des séminaristes dans une maison de plage du New Jersey. Un prêtre (« Prêtre 1 ») a également affirmé avoir eu des relations sexuelles avec McCarrick à Metuchen en 1987.

Ces allégations ont été résumées par l’archevêque de New York, le cardinal O’Connor, dans une lettre au nonce, qui l’a transmise à Rome. La lettre « a conduit à la conclusion qu’il serait imprudent de transférer [McCarrick] de Newark à un autre siège », indique le rapport à trois reprises: Chicago en 1997, New York en 1999/2000 et (initialement) Washington en juin 2000.

Mais ensuite, « le pape Jean-Paul II semble avoir changé d’avis en août / septembre 2000 », note laconiquement le rapport.

Sur deux pages et demie de puces, le rapport expose les raisons de cette décision, dont aucune – à la lumière de ce qui est connu et fait actuellement – ne semble adéquate. Pourtant, pris ensemble, ils fournissent un compte rendu compréhensible de la décision hors du commun du pape Jean-Paul II. L’une était simplement le manque d’informations fiables : aucune victime n’a porté plainte directement auprès du Saint-Siège, tandis que le prêtre qui faisait la réclamation était considéré comme peu fiable parce qu’il était lui-même un agresseur. Le manque de preuves claires a permis à McCarrick et à ses partisans de prétendre facilement que les accusations étaient de la calomnie et des ragots, tandis que McCarrick lui-même a insisté avec ferveur sur son innocence, jurant sur son serment d’évêque qu’il était vierge.

Pourquoi le Pape l’a-t-il cru ? Le rapport souligne l’expérience de Jean-Paul II du gouvernement communiste en Pologne utilisant de fausses allégations pour saper l’Église, mais suggère finalement que c’était parce qu’il aimait et faisait confiance à McCarrick. Ils se connaissaient bien grâce à de nombreux voyages et visites. « La relation directe de McCarrick avec Jean-Paul II a probablement également eu un impact sur la prise de décision du Pape », conclut le rapport.

Qu’en est-il de l’argent que McCarrick était célèbre pour avoir collecté, et des dons en espèces qu’il a répandus autour du Vatican ? Le rapport marche sur des oeufs sur ce point, reconnaissant que « bien que les compétences de McCarrick en matière de collecte de fonds aient été lourdement pesées » – c’est-à-dire qu’elles faisaient partie de ce qui était admiré en lui en tant qu’évêque – « elles n’étaient pas déterminantes » en ce qui concerne « les décisions majeures prises concernant McCarrick, y compris sa nomination à Washington en 2000 ». Aucune preuve n’a non plus révélé que « les cadeaux et les dons habituels de McCarrick ont ​​eu un impact sur les décisions importantes prises par le Saint-Siège concernant McCarrick à quelque période que ce soit. »

Pourtant, vous pouvez comprendre pourquoi le Pape François a récemment décidé de retirer la gestion de l’argent de la Secrétairerie d’État.

Benoît XVI et McCarrick

Peu de temps après l’élection de Benoît XVI en avril 2005, McCarrick avait 75 ans et a présenté sa renonciation au pape, conformément au droit canon. Benoît XVI lui a demandé de rester archevêque de Washington pendant encore deux ans, mais a brusquement annulé cette décision quelques mois plus tard, demandant que McCarrick démissionne « spontanément » après Pâques 2006. La raison, selon le rapport, était « de nouveaux détails liés aux allégations du Prêtre 1 » de Metuchen en 1987, qui étaient clairement crédibles.

Alors que la réponse papale aux allégations passait de l’incrédulité à la croyance, « les fonctionnaires du Saint-Siège ont lutté » sur la façon de traiter McCarrick.

Pendant ce temps, Viganò – alors fonctionnaire de la Secrétairerie d’État – a rédigé deux mémorandums sur la question. Reconnaissant que les allégations n’étaient pas prouvées, il a appelé à un processus canonique pour les enquêter, ce qui pourrait conduire à une « mesure exemplaire » contre l’archevêque à la retraite.

Mais Benoît XVI s’est prononcé contre un processus canonique. Au lieu de cela, il a fait appel à « la conscience et à l’esprit ecclésial » de McCarrick, le pressant de faire profil bas. Aucune sanction n’a été imposée, comme Viganò l’a affirmé en 2018, simplement une indication du Secrétariat d’État que McCarrick devrait « faire profil bas et minimiser les déplacements ». Le rapport souligne qu’il n’y a pas eu de « constatation factuelle selon laquelle McCarrick aurait effectivement commis une faute », et donc aucune base de sanctions. Rien, en d’autres termes, n’empêchait McCarrick de continuer à agir en tant que prêtre en règle.

Pourquoi Benoît n’a-t-il pas ouvert un processus canonique contre McCarrick ? Le rapport énumère à nouveau les facteurs : il n’y a pas eu d’allégations crédibles d’abus de mineurs (aucun crime, en d’autres termes, n’a été impliqué) ; McCarrick a juré sur son « serment d’évêque » qu’il était innocent ; les allégations de relations sexuelles avec des adultes liées aux années 80 ; il n’y a eu aucune nouvelle allégation de faute ; le cardinal était maintenant à la retraite.

Loin de faire profil bas, cependant, McCarrick a continué à voyager beaucoup au nom d’un certain nombre d’organisations. Il l’a fait avec l’accord du nouveau nonce, Viganò, à la suite de sa nomination en 2011. « McCarrick a régulièrement informé Viganò de ses voyages et de ses activités », observe calmement le rapport. L’année suivante, lorsque le Prêtre 3 a intenté une action en justice, Viganò a été chargé d’enquêter mais n’a pas agi.

Ces deux conclusions – comme le rapport n’a pas besoin de le souligner – sont impossibles à concorder avec l’affirmation du nonce de l’époque selon laquelle tout le monde, sauf lui, était complice de la couverture des méfaits de McCarrick.

François et McCarrick

Le rapport ne trouve aucun fondement à l’affirmation discréditée de Viganò en 2018 selon laquelle François aurait en quelque sorte réhabilité McCarrick. Entre l’élection de François en 2013 et 2017, la question de McCarrick a rarement été abordée, constate le rapport. McCarrick – maintenant âgé de quatre-vingts ans – a continué à travailler et à voyager comme avant, mais jamais au nom du Saint-Siège, et moins souvent à cause de son âge avancé.

François était au courant des allégations et des rumeurs relatives au passé de McCarrick, selon le rapport, mais ne voyait aucune raison de modifier les décisions prises par ses prédécesseurs. (Si Viganò avait pris la peine d’enquêter sur les allégations du Prêtre 3, ce que le rapport n’a pas besoin d’ajouter, il aurait pu y avoir une raison pour que François agisse contre McCarrick.)

En réponse aux affirmations de Viganò selon lesquelles il avait mentionné McCarrick lors de réunions avec François en juin et octobre 2013, « aucun document ne corrobore le récit de Viganò », indique le rapport, « et les preuves de ce qu’il a dit sont vivement contestées. »

Puis vint l’allégation d’abus sexuels par McCarrick sur un mineur dans les années 1970, qui déclencha l’enquête de l’archidiocèse de New York. Une fois l’allégation jugée crédible, François a dépouillé McCarrick de sa calotte rouge. Après qu’un procès canonique l’ait déclaré coupable, il a été renvoyé de l’état clérical.

C’était la première action punitive claire, décisive et prise par un pape contre McCarrick en 40 ans.

Mais le but du rapport n’était jamais de blâmer ou d’exonérer. Comme le fait remarquer le secrétaire d’État, le cardinal Pietro Parolin, la nomination des évêques – comme presque toute procédure humaine – dépend de l’honnêteté des personnes concernées. McCarrick était un évêque impressionnant dont les dénégations étaient convaincantes. Ses victimes n’étaient pas seulement celles dont il s’attaquait, mais celles qui croyaient à ses dénégations.

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